05.02.2020 | Lesley Kiernan

Recemment nous avons eu l’honneur d’échanger au sujet de l’adoption du BIM avec Docteur Arto KIVINIEMI, Honorary Research Fellow supérieur à l’Université de Liverpool en Angleterre.

Nos échanges seront publiés dans un livre blanc à venir: Adoption du BIM en Europe : situation actuelle, défis et situation à venir mais en attendent, en voici un extrait.

 

En matière d’adoption du BIM, les pays en sont actuellement à des stades très divers. Quelle est selon vous la prochaine étape du développement du BIM ?

Je vois trois niveaux de développement du BIM dans un avenir proche.

1. Il y a tout d’abord le développement géographique, principalement encouragé par les mandats gouvernementaux et les autres mandats officiels. Il s’agit souvent de la première étape du développement et celle-ci est actuellement en cours dans toutes les régions du monde. Le mandat BIM du Royaume-Uni a été à cet égard le principal déclencheur. Il a par exemple abouti à la création du groupe de travail sur le BIM de l’UE et, ce faisant, au renforcement du développement d’exigences BIM en Europe. Mais ce phénomène touche le monde entier.

2. Il y a aussi le développement encouragé par les entreprises, en particulier les grosses entreprises internationales de construction qui ont compris les avantages qu’il y avait à intégrer le BIM dans leurs projets et qui incitent leurs fournisseurs à l’adopter à leur tour. Le BIM est déjà une réalité dans de nombreuses entreprises et se développe désormais dans les entreprises de taille plus modeste et à l’assise plus locale. À mon avis, ce facteur va devenir le principal facteur de développement, les avantages en termes d’activité constituant à long terme un moteur plus réalisable que les mandats publics.

3. L’amélioration de l’interopérabilité est également un important facteur de renforcement de l’adoption du BIM. La demande des entreprises partageant les données BIM en est le principal vecteur, la mise en œuvre dépendant naturellement des fournisseurs de logiciels.

Comment envisagez-vous la normalisation du BIM ? Va-t-elle continuer à être pilotée par les programmes nationaux ou envisagez-vous l’émergence d’un organisme coopératif international ?

La normalisation est un aspect absolument crucial de l’intégration du BIM et du partage des données, mais il existe deux principales couches de normalisation. Les systèmes de classification sont locaux et si profondément ancrés dans le secteur AEC (architecture, ingénierie et construction) que je ne pense pas qu’une normalisation à l’échelle mondiale soit possible. En revanche, cela n’est pas en contradiction avec la nécessité d’un développement mondial de l’interopérabilité des données car les structures de données peuvent intégrer un espace réservé pour les systèmes de classification locaux, comme cela est déjà le cas avec les normes IFC.

L’interopérabilité des données doit faire l’objet d’un effort à l’échelle internationale du fait de la nature même de l’industrie du logiciel. La plupart des fournisseurs de logiciels se sont engagés à adopter des normes BIM ouvertes car cela est dans leur intérêt et que leurs clients exigent de telles normes. Je ne vois aucune raison de penser que buildingSMART International (bSI) ne pourrait pas se charger du développement de l’interopérabilité des données, y compris à l’avenir. Cette organisation fait actuellement l’objet de profondes transformations qui, à mon avis, vont encore renforcer son rôle et sa contribution. La principale raison en est l’augmentation des ressources qui, selon moi, constitue actuellement la seconde plus importante évolution dans ce domaine après les mandats BIM internationaux.

Le développement des logiciels BIM va-t-il refléter l’extension du BIM aux étapes de construction et de gestion et couvrir ainsi l’intégralité du cycle de vie des projets ?

Le BIM est aujourd’hui principalement utilisé dans les phases de conception et de construction et les avantages qu’il offre dans ces domaines sont relativement bien compris, même s’il y aurait encore beaucoup à améliorer, y compris dans ces domaines. En revanche, il y a encore très peu d’exemples d’utilisation du BIM dans les domaines de la gestion des installations et de l’exploitation, même si l’on ne cesse d’évoquer l’utilité du BIM tout au long du cycle de vie des projets. En fait, la plupart des maîtres d’ouvrage, en particulier ceux du secteur privé, ne s’intéressent pas du tout au BIM car ils n’en voient pas l’utilité dans leurs activités. Cela ne signifie toutefois pas que le BIM n’a aucune utilité dans les domaines de la gestion des installations et de l’exploitation. Le problème vient davantage de l’absence d’éléments concrets témoignant de ses avantages, d’une étude insuffisante de ces domaines et d’une communication inappropriée. La plupart des experts en BIM sont issus du domaine de la conception ou de la construction et sont incapables de communiquer sur les avantages du BIM dans les domaines de la gestion des installations et de l’exploitation, ni même de les comprendre. Nous devons analyser en détail les activités quotidiennes et les problèmes des maîtres d’ouvrage et des exploitants de bâtiment pour pouvoir comprendre la valeur spécifique de la technologie BIM dans leurs processus. Je suis convaincu que, du fait de la valeur qu’il représente pour l’ensemble du cycle de vie, le BIM va devenir un élément essentiel de la technologie, mais cela va demander du temps et des efforts.

Comment voyez-vous le rôle du BIM face aux problèmes environnementaux actuels ?

L’évaluation environnementale est un sujet complexe qui requiert un grand nombre de données. Le BIM peut contribuer de manière significative au processus d’évaluation, ce qu’il fait déjà dans une certaine mesure. Le problème est que les modèles doivent contenir des données correctes, fiables et en quantité suffisante. Le principal défi consiste à produire de telles données et à les rendre facilement accessibles aux utilisateurs finaux. Les fabricants de produits devraient jouer un rôle crucial dans la fourniture de telles données mais, malheureusement, les bibliothèques de produits existantes privilégient souvent la visualisation au détriment de contenus de données utiles pour les différentes phases du cycle de vie des bâtiments. Il y a cependant quelques exceptions, comme les bibliothèques de produits MagiCAD, qui font des produits des composants fonctionnels des systèmes techniques. Au niveau de l’industrie dans son ensemble, les contenus et structures de données devraient également faire l’objet de vérifications par des tierces parties impartiales de façon que les données des différents projets soient comparables.

Parallèlement aux bâtiments intelligents, de nombreuses visions de l’environnement bâti de demain introduisent le concept de villes intelligentes, ou « smart cities ». Comment concevez-vous le rôle du BIM dans le paysage urbain de demain ?

On parle aujourd’hui beaucoup des « jumeaux numériques », qui constitueraient la solution permettant de relier le monde virtuel au monde réel. Je pense que cette connexion sera un élément crucial des villes intelligentes. Il ne faut cependant pas oublier qu’un modèle est une abstraction de la réalité dans un but donné. Cela signifie qu’il faut toujours définir le but avant de définir et de créer le modèle, et qu’il y aura toujours plusieurs modèles pour différents buts. Ces modèles peuvent – et doivent – être reliés les uns aux autres pour permettre leur mise à jour constante et l’utilisation efficace de leurs données, mais il est impossible de créer un modèle unique qui couvrirait tout et pourrait être utilisé à des fins pratiques.

 


Un jumeau numérique est un concept dans lequel les capteurs d’un bâtiment réel sont utilisés pour la connexion au cloud et où, idéalement, tout est raccordé au BIM. Les modèles des données du bâtiment (BIM) alimentent l’environnement de gestion des installations, y compris les sources telles que les données de consommation énergétique, les demandes de service et la maintenance préventive.

Le potentiel futur consistera à relier le BIM et la gestion des installations à l’échelle d’une ville et non plus seulement de bâtiments individuels.

Le jumeau numérique est l’interface utilisateur : les informations proviennent de nombreuses sources

Source : Monsieur Tero JÄRVINEN, Directeur des technologies chez Granlund


 

Docteur Arto KIVINIEMI, Honorary Research Fellow supérieur à l’Université de Liverpool en Angleterre est l’un des experts internationaux concernant le BIM integré. De 1997 à 2002 Docteur KIVINIEMI dirigait le programme des recherches et developpement national finlandais, ce qui a permis à la Finlande de devenir un des leaders en adoption BIM. Puis il a initié la première Masters BIM en Grand Bretagne à l’Université de Salford avant de continuer son travail à l’Université de Liverpool.

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